"SPEED 2": la croisière ça use.

Pour la suite du film culte de l'été 1994, la Fox n'a pas lésiné, multipliant le budget par quatre. Résultat, un paquebot fou, des effets spéciaux signés George Lucas, et toujours Sandra Bullock en héroïne involontaire.

Téméraire héroïne du premier «Speed», au volant de l'autobus fou qui peut à tout moment exploser, Sandra Bullock n'en menait pas large à l'idée retrouver le réalisateur Jan de Bont pour de nouvelles catastrophes. L'action tempétueuse de « Speed 2 » se situe sur un bateau de croisière en otage par un membre de son équipage qui vient d'être licencié, un génie de l'informatique, incarné par Willem Dafoe (nommé aux Oscars pour « Platoon »).
« J'ai failli me noyer à l'âge de l4 ans et, depuis, j'ai terriblement peur quand je n'ai pas pied. » Pour un cachet
de 72 millions de francs (contre 2 millions pour le premier film). Sandra a finalement surmonté sa phobie, repris son rôle d'Annie Poter et annonce aujourd'hui avec fierté qu'elle a tourné elle-même quelques scènes dangereuses. « Par exemple, celle où je suis jetée dans la mer avec les mains liées. J'ai failli être décapitée par le gouvernail car le courant m'emportait et me jetait contre le bateau. J'en garde encore les marques » Ce ne fut pas le seul danger du tournage. Un ouragan détruisit le vi!lage reconstitué sur l'île de Sa nt-Manin aux Antilles (avec vingt édifices construits en cinq mois), le mauvais temps en mer rendit malade une bonne partie de l'équipe (il y avait en tout plus 600 figurants) « Mais il y eut des moments rnerveilleux comme ceux où nous nagions avec les dauphins." Les baisers échangés avec son partenaire Jason Patric se sont révélés, en certaines circonstances, plus difficiles. «Sous l'eau c'est dur de garder les lèvres collées à celles de l'autre, mais ma doublure n'a travaillé que trois jours car j'ai insisté pour tout faire moi même » De même pour Jason. «Il ferait un très bon cascadeur», dit Jan de Bont entre autres, l'intrépide plongeait en moto du haut d'une falaise. « La scène la plus difficile fut celle de l'évacuation du bateau, explique Jason. Nous étions arrosés par 30 tuyaux et ça faisait terriblement mal sur la peau, un vrai cauchemar. Sans mon côté zen, je n'aurais pas pu survivre à ces dix heures de tournage. » Acteur dans "Sleepers " Jason doit à Sandra son rôle d'Alex Shaw, le policier; dans «Speed2». Ils se connaissent depuis deux ans. « Keanu Reeves (Jack Traven dans « Speed »} avait beaucoup grossi depuis 1994 et il refusait de se mettre au régime pour rependre son rôle dans la suite, dit le réalisateur. Sandra m'asuggéré d'engager Jason et il m'a semblé que les scènes d'amour n'en seraient que plus sincères.» « Il existe entre nous une amitié profonde qui se devine à l'écran», renchérit Sandra. Ex-amour de Julia Roberts, Jason, 31 ans, fils du dramaturge Jason Miller, est connu pour aimer la tranquillité et ne veut surtout pas être une célébrité. Il a fait ses débuts dans le film « The Lost Boys » et déclare aujourd'hui ne pas être certain de continuer ce métier. «Les acteurs n'ont plus de vie privé. Je préfère rester anonyme. » Sandra, elle, a toujours rêvé d'être une star. « J'adore être choyée sur un plateau, signer des autographes, répondre aux interviews ». A 3l ans, l'héroïne de « Demolition Man », « Traque sur Internet», « In love and War", y est parvenue. Elle regrette seulement l'attitude de ses amies qui la confondent avec ses personnages « Après «Speed", les quelques copines qui ont accepté que je les conduise vérifiaient sans cesse la vitesse de la voiture ». Sandra qui a réalisé cette année son premier court métrage, "Making Sandwiches », vient de produire « Hope Floats », le film de Forest Whitaker, dans lequel elle incarne le personnage principal.

Isabelle CARON


Après « Speed » et " Speed 2 », la belle brune de Hollywood est actuellement l'hérnoïne et la productrice d'« Ainsi va la vie". Interview d'une actrice, productrice réalisatrice, ex-femme de ménage serveuse caissière. Par Michel Palmiéri

Grand hôtel, gardes du corps et paparazzis. Une signalétique que même les badauds les moins cinéphiles savent interpréter une star hollywoodienne est dans nos murs. Effectivement, Sandra Bullock et toute l'équipe d'« Ainsi va la vie », dont le chanteur-compositeur-interprète Harry Connick Jr, sont à Paris. Accompagnés de l'habituelle meute d'agents, d'interprètes et d'attachés de presse, ils viennent pour la sortie de ce mélodrame flamboyant et lacrymnogène, mis en scène par l'auteur-acteur- réalisateur Forest Whitaker. Contenus derrière une barrière métallique, quelques chasseurs d'autographes tentent d'apercevoir le bout d'une paire de lunettes noires, l'ultime indice qu'une signature de valeur est à portée de stylo. Sandra Bultock les décevra. Cette longue brune de 33 ans, dont la carrière a explosé aux Etats-Unis après "Speed », n'est pas sortie de sa chambre d'hôtel, fatiguée par le décalage horaire ou irritée par l'insistance des photographes, elle ne fera ni shopping ni jogging. Elle n'achète pas, ne transpire pas, mais elle parle.
Pour « Ainsi va la vie», vous êtes à la fois actrice et productrice. Diriez-vous que c'est votre film ?

SANDRA BULLOCK. Forest Whitaker l'a réalisé. Moi, je me sui beaucoup impliquée dans la préparation et l'écriture du scénario. J'ai veillé à ce que tous ceux qui ont participé à cette aventure aient la même vision, la même approche des choses.

Le film raconte la chute d'une « prom queen ». Que signifie au juste cette expression?

C'est la fille la plus populaire de l'école, la plus jolie souvent. Ou celle qui sort avec le garçon le plus séduisant. Cette élection un peu ridicule, suivie d'un couronnement qui ne l'est pas moins, a lieu tous les ans dans chaque école américaine.

Ayez-vous porté cette couronne au moins une fois ?

Non. Je n'ai jamais été à l'aise lors de ces compétitions. Je restais en retrait, surveillant mon petit ami pour lui éviter les tentations.

Pourtant, dès le début de votre carriére d'actrice, vous vous êtes montrée à l'aise pour négocier vos cachets...

Non. Pas vraiment. Regardez "Speed 2 ». Le résultat est une honte tant au niveau de mon travail d'actrice que dans l'évolution de ma carrière.

Quand même! Après deux ou trois apparitions, vous avez « valu » quelque 6 millions de dollars (36 millions de francs) par film. Un grand producteur, Arnon Milchan, a déclaré que c'est simplement parce que vous aviez osé demander.

Je ne demande jamais rien, c'est le travail de mon agent. Et croyez- vous vraiment qu'un studio qui vous donne autant d'argent le fait par philanthropie ? Les salaires des acteurs reflètent exactement leur capacité à attirer les foules le jour de la sortie du film. Rien d'autre. Même si les espoirs des producteurs sont parfois déçus.

Aujourd'hui, les choses vont plutôt bien pour vous. Si elles venaient à se gâter, croyez-vous que vous seriez capable de repartir du bas de l'échelle sociale?

Le bas de l'échelle, je connais ça mieux que quiconque. A 13 ans, j'étais femme de ménage, à 15, je

travaillais dans un drugstore, plus tard encore, comme caissière dans un grand magasin.

Mais pourrier-vous refaire ce parcours demain ?

Sans le moindre doute. Je n'aurais aucun problème à devenir serveuse, à le redevenir plus exactement. C'est un mode de vie qui me ressemble bien plus que celui qui est aujourd'hui le mien.

Vos besoins ont dû evoluer...

Non, je mène une vie plutôt frugale, je ne me crée pas de besoins inutiles et je paye comptant tout ce que j'achète. Une habitude qui me vient des temps difficiles que nous évoquions.

Faire du shopping ne vous amuse pas?

Ce n'est pas mon passe-temps favori. Je déteste courrir les boutiques pendant la saison des soldes, essayer quantité de vêtements au milieu de la foule. En fait je n'aime acheter que pour offrir.

Vous porter pourtant une fort jolie robe.

Elle est simple, sobre, facile à porter.

D'où vient-elle?

De chez Céline.

C'est vorm couturier favori ?

Entre autres. Je ne suis pas fidéle à un créateur mais à un style. Je ne porte que des vêtements classiques, de couleurs sombres. J'essaye desespérément de sortir de ce look tristounet, je me suis juré cent fois que, cette saison, c'est sur, je vais m'habiller en rouge éclatant ou en jaune canari, mais rien à faire, je finis toujours en gris beige ou en beige gris!

Jusqu'où acceptez-vous de vous raconter ?

Je ne parle pas de ma vie privé révèle rien de ce qui pourrai impliquer quiconque en dehors de moi.

Vous ne mentionner jamais le nom de votre fiancé ?

Jamais avant le mariage. Mais je veux bien vous dire que j'ai une grande tendresse pour les fraises et une passion pour les tartines bien beurrées, recouvertes d'une énorme couche de Nutella.

Vous n'avez pas la silhouette de quelqu'un qui se gave de Nutella.

Je passe l'autre moitié de ma vie à brûler des calories. Je hante les salles de gym et surtout, je cours.

Toujours et partout, en ville comme à la campagne, chez moi comme en voyage.

Pendant votre séjour à Paris, vous avez eu le temps de faire un footing?

Le temps oui, l'opportunité non.

Pourquoi ?

Je n'aime pas courir avec une meute de photographes aux trousses. Et, depuis mon arrivée à l'hôtel, ils campent devant l'entrée.

Vous semblez lassée par toute cette agitation...

J'ai le sentiment d'avoir fait le tour du métier d'actrice. Je vais me retirer des écrans pendant un temps pour me consacrer à la production de films indépendants avec de jeunes réalisateurs dont j'admire le talent.

L'an dernier, vous avez réalisé un court métrage, « Making Sandwiches". C'était votre premier film?

J'en ai fait des tas comme productrice, mais, effectivement, je n'en ai réalisé qu'un seul.

En France, on ne l'a pas encore vu.

Ailleurs non plus. Je ne l'ai montré à personne en dehors de mes proches. Je ne l'ai pas fait pour qu'il soit vu, commenté, critiqué, mais pour apprendre et aussi tester mon aptitude à produire.

L'avis des autres ne vous intéresse pas?

Ce qui ne m'intéresse pas, c'est ce que les gens peuvent dire ou penser de ma façon d'écrire ou de mettre en scène. La seule chose qui m'importe, c'est que chaque centime du budget de ce court-métrage se voie à l'écran c'est l'idée que je me fais d'un film bien produit.

Vous jouez dedans?

Oui, j'y ai un rôle. Mais là n'est pas l'essentiel. Pas plus que dans la qualité de l'écriture ou de la mise en scène. De toute façon, jouer la comédie, ce n'est pas ce que je veux faire aujourd'hui.

Ce que vous voulez faire, c'est quoi?

Je veux produire, c'est-à-dire réunir des gens de qualité autour de jeunes et talentueux réalisateurs et donner une chance à des projets qui sans cela, ne verront jamais le jour. Voilà ce que je veux faire. Voilà ce que je vais faire, car je n'ai rien à perdre. Juste un peu de mon temps.

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